La première pièce que l'inspecteur réclame, et souvent la plus ancienne du dossier.
Votre décision unilatérale tient à trois conditions. Vous pouvez produire le document, son contenu correspond encore à ce que vous appliquez, et vous pouvez prouver que chaque salarié l'a reçu. Ce document porte un nom dans la réglementation : l'acte. C'est la pièce qui institue le régime : qui est couvert, pour quelles garanties, et qui paie quoi. S'il manque, s'il ne dit plus ce que la paie applique, ou si sa remise ne se prouve pas, l'exonération attachée à votre part patronale est en jeu. Vos contributions repassent alors dans le calcul des cotisations.
Le code de la sécurité sociale en prévoit trois à son article L. 911-1 : l'accord collectif, le projet d'accord soumis au vote des salariés, et la décision unilatérale, que le chef d'entreprise arrête seul. La remise fait partie de la définition : sans elle, il n'y a pas d'acte, mais un projet resté dans un tiroir.
Elles ne pèsent pas le même poids. Une décision unilatérale se laisse reprendre par une autre, par un accord ou par un vote, quand ce qu'un accord a institué se modifie par accord. Et si votre convention de branche institue déjà le régime santé, c'est elle qui tient lieu d'acte : vous n'en rédigez une que pour faire mieux, jamais moins.
L'inspecteur vérifie une correspondance : ce que l'acte annonce, ce que le contrat couvre, ce que la paie prélève. Il vérifie aussi que le régime vaut pour tout un groupe défini d'avance, sans exception au cas par cas. C'est ce caractère collectif et obligatoire qui ouvre l'exonération.
| Mention | Ce qu'elle règle | Texte |
|---|---|---|
| Qui est couvert | Tous vos salariés, ou des groupes tracés sur les critères que liste le code, cadres ou seuil de rémunération : les catégories objectives | R. 242-1-1 |
| Ce qui est couvert | La nature et le niveau des garanties, au moins le panier minimum santé | L. 911-7, II |
| Qui paie, et combien | Le taux et son partage, la moitié au moins à votre charge | L. 911-7, III |
| L'adhésion est obligatoire | L'affiliation ne se discute pas salarié par salarié | R. 242-1-1 |
| Les dispenses ouvertes | Plusieurs n'existent que si l'acte les écrit : toutes, quelques-unes, ou aucune | R. 242-1-6 |
| L'arrêt de travail long | La base de calcul des cotisations pendant la suspension. Sans clause, une règle par défaut joue | BOSS, chapitre 6 |
Une clause est prohibée en toutes lettres : celle qui traiterait différemment femmes et hommes. Le tri des dispenses est traité dans la page sur le salarié qui refuse la mutuelle.
Produire l'acte ne suffit pas. Le BOSS, où l'administration publie la doctrine qu'elle s'engage à appliquer, demande aussi comment il est parvenu aux salariés. Sont admis le bulletin de paie, la remise en main propre, le courrier, ou le courriel avec accusé de réception. Le point commun est la trace individuelle, qu'une note sur l'intranet ne donne pas.

Cette date commande une règle qui vaut pour les salariés déjà présents. Un salarié déjà employé ce jour-là ne peut pas être contraint de cotiser contre son gré : c'est l'article 11 de la loi Évin de 1989, que le décret sur les dispenses préserve. Elle suppose une part salariale : si vous payez tout, la protection perd son objet. Le refus se demande par écrit et se range avec l'acte.
En cas de manquement, la suite n'est pas une amende : l'Urssaf réintègre vos contributions dans l'assiette, le total sur lequel les cotisations se calculent. Les autres motifs de reprise sont détaillés dans l'analyse du redressement Urssaf en protection sociale.
On les confond souvent. L'acte vient de vous et institue le régime ; la notice d'information vient de l'organisme assureur et détaille garanties, délais, exclusions et formalités en cas de sinistre. La même loi de 1989 met sa remise à votre charge, et la preuve avec. La Cour de cassation l'a rappelé le 19 janvier 2023 : les bulletins de paie et le contrat de travail invoqués par l'employeur n'ont pas valu remise. La sanction ne venait pas de l'Urssaf, mais de la salariée : la Cour de cassation a cassé l'arrêt qui lui refusait des dommages-intérêts pour la chance perdue de percevoir les garanties.
Rouvrir l'acte n'est pas un chantier : une décision unilatérale se révise par une autre, remise dans les mêmes formes, en gardant les versions antérieures datées. La vérification tient en trois gestes : sortir l'acte, relire le taux et la répartition qu'il annonce, les comparer à une paie du mois dernier. L'échéance de votre complémentaire santé collective est le moment pour la faire.
Un acte vieillit plus vite qu'un contrat. Chez ses clients, le cabinet en programme la relecture à chaque échéance, pour que le document soit à jour le jour où quelqu'un le demande.
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Non, il se révise. Une décision unilatérale peut être remplacée par une autre, à condition de la remettre à chaque salarié comme la première et de garder les versions précédentes avec leurs dates. Un contrôle porte sur une période écoulée : l'inspecteur cherche à savoir ce que disait l'acte il y a deux ans, autant que ce qu'il dit aujourd'hui. Les versions s'archivent donc au lieu de s'écraser. Un avenant d'une page, daté et rediffusé, règle le plus souvent la situation.
Pas s'il était déjà employé le jour où vous avez signé la décision unilatérale et que le régime prévoit une part salariale. L'article 11 de la loi Évin lui laisse le choix, et le décret sur les dispenses renvoie expressément à cette protection. La protection a ses limites. Elle disparaît si vous financez la totalité de la cotisation, puisqu'il n'y a alors rien à prélever sur son salaire. Et elle ne vise que les salariés présents ce jour-là, les suivants étant affiliés comme les autres. Demandez-lui un écrit daté : c'est la seule façon de le produire trois ans plus tard.
Pas pour instituer le régime : l'accord de branche est un acte au même titre, et c'est lui qui s'applique chez vous. Vous en rédigez une dans deux cas. Le premier, quand vous décidez de faire mieux que la branche, sur le niveau des garanties ou sur votre participation. Le second, quand vous couvrez des salariés que l'accord laisse en dehors de son champ. Dans les deux cas, votre décision se superpose au texte de branche et ne peut pas passer en dessous.
Le principe est la réintégration : la totalité de vos contributions repasse dans l'assiette des cotisations, pour l'ensemble des salariés et sur toute la période où la condition n'était pas remplie. Le BOSS ouvre toutefois une porte, à condition que vous reconstituiez vous-même, de façon probante, le montant en cause. Quand l'anomalie tient à une pièce manquante, l'Urssaf redresse une fois et demie le montant des contributions concernées ; quand elle vient d'une autre cause sans gravité particulière, trois fois ce montant. Ce forfait ne s'applique que s'il coûte moins cher que la réintégration de la totalité. Un dernier point, qui pèse sur la trésorerie : vous ne pouvez pas demander aux salariés de vous rembourser les cotisations salariales dues à la suite de ce redressement.
Les deux documents n'ont ni le même auteur ni le même objet. L'acte vient de vous et institue le régime : qui est couvert, à quel niveau, et qui paie. La notice vient de l'organisme assureur et détaille les garanties, les délais, les exclusions et les formalités en cas de sinistre. Vous devez remettre les deux et prouver les deux remises, devant deux interlocuteurs différents : l'inspecteur pour l'acte, le salarié pour la notice.
Oui, et c'est le trou le plus courant. Le texte demande la remise à chaque intéressé, sans borner cette obligation au jour de la mise en place : un salarié qui entre aujourd'hui devient un intéressé aujourd'hui. Le réflexe qui règle la question consiste à joindre l'acte et la notice au dossier d'embauche, contre décharge signée, au même titre que le contrat de travail. Dans une entreprise qui recrute dix personnes par an, cinq années sans ce réflexe laissent cinquante dossiers à reconstituer.
Sources
Textes : code de la sécurité sociale, articles L. 911-1, L. 911-7, L. 913-1, R. 242-1-1 et R. 242-1-6 ; articles 11 et 12 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989 dite loi Évin.
Doctrine : BOSS, protection sociale complémentaire, chapitres 3, 4 et 6 ; Urssaf. Jurisprudence : Cass. 2e civ., 19 janvier 2023, n° 20-22.503.
Pour aller plus loin : Prévoyance collective et L'assureur recommandé par la branche s'impose-t-il ?
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