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Mon entreprise est restée sans mutuelle collective : qu’est-ce que je risque et comment régulariser ?
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Régularisation

Mon entreprise est restée sans mutuelle collective : qu'est-ce que je risque et comment régulariser ?

La loi impose la couverture depuis 2016 sans prévoir la moindre amende. Le compteur qui tourne est ailleurs.

Frais de santé 5 min de lecture Par Accent Conseil

Aucun texte ne prévoit d'amende. La complémentaire santé collective s'impose à tout employeur privé depuis le 1er janvier 2016, mais la loi ne l'assortit d'aucune sanction administrative. L'Urssaf n'a rien à reprendre non plus : elle contrôle une exonération, et vous n'en demandez aucune. Le risque réel est prud'homal, et un salarié dispose de cinq ans pour vous réclamer la réparation de ce que la mutuelle absente aurait remboursé. Régulariser demande de réunir le document qui institue le régime, le contrat d'assurance et une date d'effet, qui vaudra pour l'avenir seulement.

Qui doit couvrir ses salariés, et à quel niveau

La règle ne connaît ni seuil d'effectif ni condition d'ancienneté : elle joue dès le premier salarié, quelle que soit la forme juridique. Seul le particulier qui emploie à son domicile reste hors du champ.

Le contrat doit atteindre un plancher, que la réglementation appelle le panier de soins minimal. Il prend en charge l'intégralité du ticket modérateur, c'est-à-dire la part des soins que la Sécurité sociale laisse à l'assuré, et le forfait journalier facturé pour chaque jour d'hôpital. Les prothèses dentaires et l'orthodontie montent à 125 % du tarif de la Sécurité sociale, c'est-à-dire du montant de référence sur lequel elle calcule ses remboursements, et non du prix facturé par le praticien. L'optique se règle par forfait tous les deux ans, à partir de 100 euros pour une correction simple, la période tombant à un an pour les enfants et en cas d'évolution de la vue.

Vous en financez la moitié au moins. Ce plancher est un minimum légal : beaucoup de conventions collectives exigent davantage, et ce sont elles qui s'appliquent alors. Ouvrez la vôtre avant de comparer la moindre offre de complémentaire santé collective.

D'où vient le risque, et jusqu'où il remonte

Le code de la sécurité sociale pose l'obligation sans l'assortir de sanction, et c'est donc devant le conseil de prud'hommes que le sujet se règle. Du côté de l'Urssaf, la mécanique explique le reste : un contrôle porte sur l'exonération attachée à votre contribution patronale. Sans régime, pas de contribution, donc rien à réintégrer dans les cotisations. Ce contrôle ne commence qu'une fois le régime en place, et il vise alors l'acte et sa remise aux salariés.

Le conseil de prud'hommes, lui, a de quoi trancher. Le salarié demande réparation de ce qu'il a payé de sa poche : un reste à charge d'hospitalisation, une prothèse, une paire de lunettes. Un salarié parti y ajoute la portabilité, ce maintien gratuit de la couverture pendant son indemnisation chômage.

La Cour de cassation l'a tranché le 26 juin 2024 : la demande du salarié échappe à la prescription de deux ans qui vise les actions portant sur l'exécution du contrat de travail, et relève de la prescription de droit commun. Elle se prescrit donc en cinq ans. L'arrêt visait un régime de prévoyance, mais le raisonnement vaut de la même façon pour la santé.

Feuille de papier vierge et stylo noir posés sur un bureau clair

Régulariser, dans l'ordre

Le chantier est plus court qu'il n'y paraît, et l'ordre des gestes y compte davantage que leur difficulté.

  • Ouvrez votre convention collective avant tout. Beaucoup de branches ont déjà institué un régime santé, avec des garanties, un taux plancher et parfois un organisme recommandé, que vous restez libre de ne pas retenir.
  • Choisissez l'acte, le document qui institue le régime : un accord avec les représentants du personnel, un vote des salariés, ou une décision que vous prenez seul. Cette dernière suppose la consultation du comité social et économique, quand il en existe un, et sa remise par écrit à chacun.
  • Mettez le marché en concurrence avant de signer. Le panier minimal est le même partout ; les tarifs et les délais de remboursement ne le sont pas.
  • Fixez une date d'effet, en général un premier de mois, et faites-la coïncider avec celle du contrat. Un décalage crée une période sans garantie.
  • Remettez l'acte et la notice de l'organisme à chaque salarié, contre une trace individuelle : bulletin de paie, main propre, courrier, ou courriel avec accusé de réception.
  • Paramétrez la paie : la ligne de cotisation, votre part à la moitié au moins, et le régime social qui s'y attache.

Une date d'effet vaut pour l'avenir, jamais pour le passé

L'assurance couvre un événement à venir, incertain le jour où l'on signe : un aléa. Un sinistre déjà survenu n'en est plus un, et l'organisme le refuse à bon droit. L'affaire jugée en 2024 le montre : salarié placé en invalidité le 1er janvier 2014, contrat souscrit le 5 mai suivant, garantie refusée. L'entreprise a payé elle-même, 17 851 euros puis 350 euros par mois. Antidater ne change rien : seule protège la date où le contrat prend effet.

Les salariés déjà là, et leur droit de refus

Le code prévoit lui-même que la mise en place par décision unilatérale respecte l'article 11 de la loi Évin de 1989. Les salariés déjà employés ce jour-là y trouvent une garantie que rien ne peut leur retirer : ils ne peuvent pas être contraints de cotiser contre leur gré. Ceux embauchés ensuite sont affiliés comme les autres.

La protection a une condition qu'on oublie souvent : elle suppose une part salariale. Si vous financez toute la cotisation, rien n'est prélevé sur le salaire et le refus perd son objet. Elle a aussi une limite de forme : elle ne joue que pour la décision unilatérale. Un régime institué par accord ou par vote n'ouvre pas ce droit, et le choix de l'acte décide donc de qui sera couvert. Quand un salarié refuse, demandez-lui un écrit, datez-le, et classez-le au même endroit que l'acte. Une fois le régime en place, le dossier ne se referme pas pour autant.

Ce que vous venez de signer se périme vite, et vous le reprendrez avec Accent Conseil : l'acte, le contrat et la liste des affiliés, d'une échéance à l'autre, pour qu'ils disent la même chose.

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Questions liées

Ce qu'on vous demandera au moment de signer

Je rembourse déjà la mutuelle individuelle de mes salariés. Est-ce que cela vaut mise en place ?

Non, et la formule coûte deux fois. Elle ne remplit pas l'obligation, qui porte sur une couverture collective souscrite par l'entreprise et à laquelle les salariés adhèrent. Ensuite, la somme que vous remboursez suit le sort du salaire : elle entre dans l'assiette des cotisations, la base sur laquelle celles-ci se calculent. La contribution que vous verseriez à un régime collectif et obligatoire, elle, en est exonérée. Un dispositif permet bien de remplacer la mutuelle par de l'argent, le versement santé, mais son périmètre est étroit : contrats de trois mois ou moins, durées de travail de quinze heures par semaine ou moins. Et il suppose lui aussi un accord ou une décision écrite.

Je n'emploie qu'une personne, et je dirige une association. Suis-je vraiment concerné ?

Oui, dans les deux cas. L'obligation ne connaît pas de seuil d'effectif et ne distingue pas selon la forme juridique : service-public.gouv.fr la formule sans détour, tout employeur du secteur privé, entreprise et association. Le statut du salarié ne change rien non plus, l'apprenti étant un salarié comme un autre. La seule exclusion tient à la nature de l'employeur : le particulier qui emploie quelqu'un à son domicile n'est pas dans le champ.

Ma branche a déjà un régime santé : est-ce que je suis en règle sans rien signer ?

Non : elle institue le régime, elle ne souscrit pas le contrat à votre place. Il vous reste à choisir l'organisme, à signer, à affilier vos salariés et à cotiser. Tant que ces gestes manquent, deux manquements se cumulent au lieu d'un, celui à la loi et celui au texte de branche. Le second vous expose davantage. Le salarié n'a pas à démontrer le niveau de garanties auquel il aurait eu droit : l'accord l'écrit noir sur blanc, avec les taux et la répartition.

Mes salariés me disent qu'ils n'en veulent pas. Puis-je m'en tenir là ?

Non, et la nuance mérite d'être posée. L'obligation de mettre en place pèse sur vous ; la faculté de ne pas adhérer appartient au salarié, mais elle n'existe qu'une fois le régime institué, et seulement dans les cas prévus par un texte. Un accord général de l'équipe, même écrit et signé de tous, ne produit aucun effet : il n'y a rien à refuser tant qu'il n'y a rien à rejoindre. Mettez le régime en place, puis instruisez les demandes de dispense une par une, chacune avec son motif et son justificatif.

Un salarié parti il y a trois ans peut-il encore me réclamer quelque chose ?

Oui. Le délai est de cinq ans, et son point de départ n'est ni son embauche ni son départ : c'est le jour où il a connu ou aurait dû connaître les faits. Celui qui découvre, à l'occasion d'une hospitalisation ou en comparant sa situation chez un nouvel employeur, qu'il aurait dû être couvert, ouvre son délai à ce moment-là. Sa demande porte sur ce que la couverture aurait remboursé, et peut inclure la portabilité dont il aurait bénéficié après son départ. C'est la raison la plus concrète de régulariser vite : chaque mois sans régime ajoute une période réclamable.

Sources

Textes, code de la sécurité sociale : articles L. 911-1, L. 911-7, L. 911-7-1, L. 911-8 et D. 911-1 à D. 911-8 ; article 11 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989 dite loi Évin ; article 2224 du code civil.

Administration : service-public.gouv.fr, Urssaf et Previssima, sur l'absence de sanction. Jurisprudence : Cass. soc., 26 juin 2024, n° 22-17.240.

Pour aller plus loin : Un salarié refuse la mutuelle obligatoire et CDD courts : affiliation ou versement santé.

Cette page fait partie de nos réponses aux questions des employeurs.

Le cabinet : Accent Conseil est le nom commercial d'Accent Assurances, 80 rue de Paris, 93100 Montreuil. Courtier immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 09049208 depuis le 30 avril 2009, registre consultable sur orias.fr.

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