Arrêts de travail : ce qui change pour l'employeur depuis le 1er septembre 2026
Trois décrets signés le 12 juin 2026 plafonnent la durée des prescriptions d'arrêt maladie, ouvrent l'avis du contrôle médical au-delà de trois mois de renouvellement et modifient les visites de préreprise et de reprise. Les deux premiers s'appliquent aux prescriptions établies à compter du 1er septembre, le troisième produit ses effets depuis le 15 juin. Ces trois textes ne visent que l'arrêt pour maladie : l'accident du travail et la maladie professionnelle relèvent d'un décret distinct, dont l'échéance est en 2027. Voici ce que votre gestion des arrêts doit absorber, poste par poste.
Trente et un jours, soixante-deux jours : la nouvelle cadence de prescription
Le décret n° 2026-498 du 12 juin 2026 insère un article R. 162-1-7-1 dans le code de la sécurité sociale. La durée d'un arrêt de travail pour maladie prescrit par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme y est plafonnée à trente et un jours pour une première prescription et à soixante-deux jours pour une prolongation.
Ce plafond porte sur la durée d'une prescription, pas sur la durée totale de l'absence. À l'échéance des trente et un ou des soixante-deux jours, le praticien peut établir une nouvelle prescription si l'état de santé le justifie. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale ne s'arrêtent donc pas d'elles-mêmes à la trente-deuxième journée : ce qui change, c'est la fréquence des actes, pas le droit à indemnisation.
La dérogation est prévue par la loi elle-même. Les praticiens peuvent dépasser le plafond lorsqu'ils justifient, sur la prescription, la nécessité d'une durée plus longue au regard de la situation du patient, en considération des recommandations de la Haute Autorité de santé. L'arrêt long reste donc possible : il devient motivé.
La date qui compte est celle de l'établissement de la prescription. Les plafonds visent les prescriptions et les prolongations établies à compter du 1er septembre 2026 : un arrêt de trois mois délivré le 28 août reste valable jusqu'à son terme. Deux précisions utiles aux groupes multi-sites : le texte ne concerne que les arrêts pour maladie, et ces plafonds ne s'appliquent pas à Mayotte.
Les quatre chiffres à retenir du décret n° 2026-498
Source : Légifrance, décret n° 2026-498 du 12 juin 2026, articles 1 et 2, publié au Journal officiel du 13 juin 2026.
Trois mois de renouvellement : le seuil qui ouvre l'avis du contrôle médical
Le décret n° 2026-499 du 12 juin 2026 fixe à trois mois la durée de renouvellement d'un arrêt à partir de laquelle le prescripteur peut solliciter l'avis du service du contrôle médical, c'est-à-dire des médecins-conseils de l'Assurance maladie. La règle est posée dans un nouvel article D. 323-3-1 du code de la sécurité sociale pour le régime général, et dans un article D. 732-2-11 du code rural pour les salariés agricoles. Elle entre en vigueur, elle aussi, le 1er septembre 2026.
Le verbe compte : le prescripteur peut saisir. Ce seuil ouvre une faculté médicale, il ne déclenche ni contrôle automatique ni suspension des indemnités. Pour vous, l'effet est d'abord un repère de calendrier : sur un arrêt qui s'installe, le troisième mois devient le moment où un réexamen médical peut intervenir, avec des conséquences possibles sur la date de reprise ou sur l'orientation vers un temps partiel thérapeutique.
Ce canal ne vous appartient pas : vous ne saisissez pas le contrôle médical par ce biais, et la contre-visite organisée à l'initiative de l'employeur reste un dispositif distinct, avec ses propres conditions. Le même décret supprime par ailleurs la durée maximale de l'arrêt qu'une sage-femme peut prescrire lors d'une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse, mesure sans portée RH pour la plupart des entreprises.
Visites de préreprise et de reprise : ce qui a déjà changé le 15 juin
Troisième texte du même jour, le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 touche au code du travail et s'applique déjà, aux arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026. L'échéance de septembre a beaucoup circulé ; celle de juin, beaucoup moins.
Premier changement, l'information. Le médecin du travail vous informe désormais de l'organisation de la visite de préreprise, sauf si le salarié s'y oppose, là où vous ne receviez auparavant que ses recommandations. Vous savez donc qu'un dossier de maintien dans l'emploi s'ouvre, au lieu de le découvrir au retour.
Second changement, la dispense. La visite de reprise, cet examen qui s'impose au retour après les absences les plus longues et qu'il vous revient de déclencher, n'est plus requise lorsque deux conditions sont réunies en même temps : le salarié a bénéficié d'une visite de préreprise dans les trente jours précédant sa reprise effective, et le médecin du travail a conclu à cette occasion qu'aucune mesure individuelle d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste ni aucun aménagement du temps de travail n'était nécessaire en vue de la reprise.
Cette dispense n'a rien d'automatique et elle ne vous dépossède pas. Elle tombe dès que le médecin du travail, le salarié ou vous-même demandez la visite. Deux réflexes en découlent : conserver la trace écrite des deux conditions dans le dossier du salarié, et décider à l'avance des situations dans lesquelles vous demanderez la visite malgré la dispense, par exemple sur un poste à risques ou après une absence de plusieurs mois. Quand la reprise se fait progressivement, la répartition des rôles est détaillée dans notre réponse sur le temps partiel thérapeutique et ce que verse chacun.
Ce que la paie, la subrogation et le contrat collectif doivent absorber
Le point sensible n'est pas le plafond, il est dans la règle qui l'accompagne. Depuis la loi de financement pour 2026, l'indemnisation d'une prolongation n'est maintenue que si celle-ci est prescrite par le médecin qui a établi l'arrêt initial, par le médecin traitant, par la sage-femme ou par le chirurgien-dentiste, sauf impossibilité dûment justifiée par l'assuré et dans les cas prévus par décret. Des prescriptions plus courtes signifient mécaniquement plus de prolongations, donc plus d'occasions qu'une prolongation soit signée par un autre praticien, un remplaçant ou un service d'urgence.
C'est là que l'argent fuit pour l'employeur qui pratique la subrogation, c'est-à-dire qui maintient le salaire et perçoit les indemnités journalières à la place du salarié : un refus d'indemnisation laisse l'avance à votre charge. Vérifier le nom du prescripteur sur chaque volet devient un geste de gestion, au même titre que le contrôle des dates. Nous détaillons la mécanique de récupération dans notre réponse sur les indemnités journalières versées directement au salarié. Le fonctionnement normal du dispositif, avant tout incident, est posé dans notre guide sur ce que l'employeur subrogé avance et récupère.
Un rythme administratif plus dense, à effectif constant
Chaque prescription produit un avis à recevoir, un signalement à émettre et un décompte à rapprocher. Un arrêt de six mois qui tenait en une ou deux pièces peut désormais en produire cinq. Le coût du risque ne bouge pas ; la charge du service paie et le délai de réaction, si.
Côté contrat, ni vos garanties ni vos cotisations ne sont touchées. Deux points méritent tout de même une relecture. La franchise, ce délai d'attente entre le début de l'arrêt et le premier versement de l'assureur, se décompte en jours d'arrêt, selon qu'elle est prévue continue ou discontinue : une nouvelle prescription ne la remet pas à zéro, mais la règle exacte se lit dans votre contrat, comme nous l'expliquons à propos du délai avant le premier versement de la prévoyance. La rédaction de votre maintien de salaire, ensuite, doit rester distincte de la garantie incapacité : cette frontière est l'un des terrains de redressement URSSAF les plus fréquents en protection sociale.
À distinguer du plafonnement des arrêts AT/MP
Un quatrième décret du 12 juin 2026 traite un tout autre risque. Le décret n° 2026-501 fixe à quatre ans la durée maximale de service des indemnités journalières dues au titre d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, avec une reprise du travail d'au moins un an pour faire courir un nouveau délai, et vise les sinistres intervenus à compter du 1er janvier 2027. Autre risque, autre calendrier, impact contractuel bien plus lourd : ce volet se traite garantie par garantie, avec les échéances 2026-2027 qui touchent le contrat de prévoyance.
Trois échéances, deux risques distincts
Sources : Légifrance, décrets n° 2026-498, n° 2026-499, n° 2026-501 et n° 2026-503 du 12 juin 2026. Les trois premiers sont pris pour l'application de l'article 81 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Quatre chantiers à boucler avant l'échéance de septembre
Aucun de ces textes n'appelle un avenant à votre contrat collectif. Tous appellent une vérification de vos circuits internes, et la fenêtre est courte.
Repérer les arrêts qui franchiront trois mois cet automne
Sortez la liste des absences en cours et datez celles qui atteindront le seuil entre septembre et décembre. Ce sont les dossiers sur lesquels un réexamen médical, une reprise aménagée ou une prolongation contestée peuvent surgir sans prévenir.
Verrouiller la réception des avis d'arrêt
Qui reçoit le volet destiné à l'employeur, sous quel délai, qui relance un salarié silencieux et qui alerte la paie ? Avec des prescriptions plus courtes, une chaîne informelle qui tenait sur une personne finit par céder.
Contrôler le prescripteur avant de subroger
Ajoutez une ligne à votre procédure de paie : identité du prescripteur de la prolongation, et signalement immédiat si elle émane d'un praticien hors du cercle prévu par le texte. C'est ce contrôle qui protège vos avances de trésorerie.
Écrire votre doctrine de visite de reprise
Décidez, avant le premier cas, dans quelles situations vous demanderez la visite malgré la dispense, et faites-le savoir aux managers. Une règle écrite vaut mieux qu'un arbitrage improvisé le matin du retour.
Vient ensuite la question du coût réel de vos absences, qui se prépare avec des chiffres : nos repères sur l'absentéisme en entreprise et les indicateurs à suivre en 2026 donnent le cadre, et notre page prévoyance collaborateurs décrit la manière dont nous auditons un contrat avant son échéance anniversaire.
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Vos circuits d'arrêt de travail sont-ils calés sur les nouvelles règles ?
Nous reprenons avec vous le trajet d'un avis d'arrêt dans votre entreprise, la chaîne de subrogation et la rédaction de vos garanties incapacité. Vous en ressortez avec les corrections à passer avant l'échéance. Trente minutes suffisent pour cadrer le sujet.
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Cadre légal : Légifrance, décret n° 2026-498 du 12 juin 2026 (plafonnement de la durée des arrêts donnant lieu au versement d'indemnités journalières) ; décret n° 2026-499 du 12 juin 2026 (durée de renouvellement ouvrant l'avis du service du contrôle médical) ; décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 (modalités des visites de préreprise et de reprise).
Textes de référence : articles L. 162-4-1 et L. 162-4-4 du code de la sécurité sociale dans leur rédaction applicable au 1er septembre 2026 (plafonds, dérogation motivée, avis du service du contrôle médical) ; articles R. 4624-30 et R. 4624-31 du code du travail (préreprise et reprise) ; Légifrance, décret n° 2026-501 du 12 juin 2026 sur la durée maximale de service des indemnités journalières AT/MP.
Pour aller plus loin : Service-public.gouv.fr, la durée des arrêts de travail sera plafonnée à partir du 1er septembre ; Ameli, arrêt de travail et démarches employeur. Aucune circulaire d'application de la Caisse nationale de l'assurance maladie n'était publiée à la date de mise à jour de cet article.
Questions fréquentes
Nouvelles règles des arrêts maladie : les questions des DRH avant l'échéance
Un arrêt de trois mois prescrit fin août est-il raboté au 1er septembre ?
Non. Les plafonds de trente et un et de soixante-deux jours visent les prescriptions et les prolongations établies à compter du 1er septembre 2026. Un arrêt délivré le 28 août pour trois mois court jusqu'à son terme dans les conditions où il a été prescrit. En revanche, la prolongation qui suivra, si elle intervient après le 1er septembre, entrera dans le nouveau cadre. Votre suivi des absences a donc intérêt à distinguer les deux dates : celle du début de l'arrêt et celle de l'acte qui l'a prescrit.
Le plafond de trente et un jours coupe-t-il les indemnités journalières de mon salarié ?
Non, et c'est la confusion la plus répandue depuis juin. Le décret encadre la durée qu'un praticien peut inscrire sur une prescription, pas la durée pendant laquelle la Sécurité sociale indemnise. Un salarié dont l'état de santé le justifie continue de percevoir ses indemnités journalières au-delà du plafond, par prescriptions successives. Ce qui change pour vous, ce sont le nombre de pièces à traiter et la fréquence des points de contrôle, pas le montant versé.
Mon salarié doit-il me transmettre un volet à chaque nouvelle prescription ?
Oui. Chaque prescription, initiale ou prolongation, donne lieu à un avis d'arrêt dont le volet destiné à l'employeur doit vous parvenir dans le délai fixé par votre convention collective ou votre règlement intérieur. Avec une cadence de trente et un jours, un arrêt long produit plusieurs envois successifs. C'est le moment de rappeler la règle par écrit aux équipes et de désigner un destinataire unique, faute de quoi la paie traite l'absence sans justificatif à jour.
Une prolongation prescrite par un autre médecin met-elle ma subrogation en risque ?
Oui, et c'est le point de vigilance numéro un de la rentrée. L'indemnisation d'une prolongation n'est maintenue que si celle-ci émane du médecin qui a prescrit l'arrêt initial, du médecin traitant, de la sage-femme ou du chirurgien-dentiste, sauf impossibilité justifiée par l'assuré. Si vous êtes subrogé, vous avez déjà versé le maintien de salaire quand la caisse examine le dossier : un refus laisse l'avance à votre charge. Vérifier le prescripteur avant de payer coûte quelques secondes, récupérer une avance prend des mois.
Puis-je encore exiger une visite de reprise si le médecin du travail en a dispensé mon salarié ?
Oui. La dispense joue sauf demande du médecin du travail, du salarié ou de l'employeur : votre demande suffit à rétablir la visite. Elle garde tout son sens sur les postes à risques, après une absence longue ou lorsque le retour s'accompagne d'une organisation modifiée. Fixez votre règle par écrit et appliquez-la de manière homogène : une pratique variable d'un service à l'autre se retourne contre l'entreprise le jour où une inaptitude est contestée.
Le seuil de trois mois déclenche-t-il un contrôle automatique de l'Assurance maladie ?
Non. Le texte ouvre une faculté au prescripteur, qui peut solliciter l'avis du service du contrôle médical au-delà de trois mois de renouvellement. Il n'y a ni saisine obligatoire, ni suspension automatique des indemnités, ni procédure à votre initiative. Traitez ce seuil comme un repère de gestion : au troisième mois, le dossier peut bouger, et il vaut mieux avoir anticipé les scénarios de reprise que découvrir la décision une fois prise.
Ces décrets changent-ils ma cotisation de prévoyance collective ?
Pas directement. Ils ne modifient ni le périmètre des garanties, ni l'assiette des cotisations, ni la franchise de votre contrat. Ce qu'ils déplacent, c'est le pilotage des arrêts et la qualité des justificatifs. Les réformes qui touchent réellement l'équilibre d'un contrat collectif sont ailleurs, notamment du côté des accidents du travail et du niveau des indemnités journalières : Accent Conseil les met en regard de votre sinistralité réelle avant chaque échéance anniversaire.