Subrogation, maintien de salaire et IJSS : qui paie quoi pendant l’arrêt d’un salarié
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Arrêts de travail · Guide employeur

Subrogation, maintien de salaire et IJSS : qui paie quoi pendant l'arrêt d'un salarié

Pendant un arrêt maladie, le revenu du salarié se reconstitue à trois guichets : l'Assurance maladie, votre paie, puis votre contrat de prévoyance. La subrogation relie les deux premiers. Ce guide pose le mécanisme d'ensemble, les montants en vigueur en 2026 et les réglages qui évitent à l'entreprise d'avancer un argent qu'elle ne reverra pas.

8 min de lecture Septembre 2026 Par Accent Conseil

Qui paie quoi : l'Assurance maladie, l'employeur, puis l'assureur

Un arrêt de travail suspend le contrat, pas le besoin de revenu. Le code de la Sécurité sociale confie le premier étage à la caisse primaire, qui verse des indemnités journalières, les IJSS, en remplacement du salaire perdu. Le code du travail et votre convention collective posent le deuxième étage : l'indemnité complémentaire que vous versez, appelée maintien de salaire, qui s'ajoute aux IJSS pour approcher la rémunération habituelle. Le troisième étage est contractuel : votre régime de prévoyance collective prend le relais quand le maintien s'épuise, après une franchise, autrement dit le délai contractuel qui sépare le début de l'arrêt de sa première prestation, laquelle se calcule sous déduction des IJSS.

Chaque étage a ses propres conditions d'ouverture, sa carence et son plafond, et aucun ne s'aligne sur les autres. La Sécurité sociale retient trois jours de carence, le maintien légal en retient sept, votre convention collective peut n'en retenir aucun. Ces décalages produisent la plupart des incidents de paie : un maintien qui démarre trop tôt, une subrogation demandée sur de mauvaises dates, un contrat de prévoyance qui n'intervient qu'au quatre-vingt-onzième jour alors que le maintien conventionnel s'est arrêté au soixantième.

Trente jours de maintien légal à 90 % : la part de chacun

Part des IJSS et du complément employeur sur trente jours de maintien légal Salaire 2 000 € brut · maintien 1 800 € IJSS 986,40 € Employeur 813,60 € IJ = 32,88 € par jour, sous le plafond Salaire 4 000 € brut · maintien 3 600 € IJSS 1 289,10 € Employeur 2 310,90 € IJ = 42,97 € par jour, plafond atteint : le complément pèse 64 % du total

Calcul indicatif sur 30 jours, hors carence, IJSS brutes déduites du maintien brut. Sources : Ameli employeurs, calcul de l'IJ maladie ; code du travail, art. D. 1226-1.

Le schéma reprend le cas d'un salarié payé 4 000 € brut par mois pendant les trente premiers jours indemnisés au taux légal de 90 %. Les IJSS, plafonnées, couvrent 1 289,10 € ; le complément à votre charge atteint 2 310,90 €, près des deux tiers du total. Pour un salaire de 2 000 € brut, la proportion s'inverse : 986,40 € d'IJSS pour 813,60 € de complément. Plus la rémunération dépasse le plafond, plus l'arrêt pèse sur l'entreprise, et plus le relais de la prévoyance compte. Le coût réel de l'absentéisme dans votre entreprise se lit d'abord dans cette proportion.

Stylo posé sur une pile de documents de paie, illustration du rapprochement entre bulletin, IJSS et maintien de salaire

Ce que verse l'Assurance maladie, et dans quelles limites

Le salarié doit d'abord ouvrir des droits. Pour un arrêt de moins de six mois, il lui faut 150 heures de travail sur les trois mois précédents, ou des cotisations sur au moins 1 015 fois le SMIC horaire sur six mois. Au-delà de six mois d'arrêt, la condition monte à douze mois d'immatriculation et 600 heures, ou 2 030 SMIC horaires, sur l'année écoulée. C'est votre attestation de salaire, transmise par la DSN, la déclaration sociale nominative, qui permet à la caisse de vérifier ces droits et de calculer l'indemnité.

L'indemnité journalière vaut 50 % du salaire journalier de base, lui-même égal aux trois derniers salaires bruts divisés par 91,25. Le salaire retenu est plafonné à 1,4 SMIC, soit 2 613,82 € par mois en 2026 : au-delà, l'indemnité reste bloquée à 42,97 € brut par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026. Cette valeur suit chaque revalorisation du SMIC, et l'ancien plafond de 1,8 SMIC reste applicable aux arrêts débutés avant le 1er avril 2025. Ce que ce plafond abaissé déplace dans votre contrat est détaillé dans notre analyse des trois réformes de la prévoyance collective 2026-2027.

IJSS maladie : les quatre chiffres à connaître en paie

42,97plafond brut par jour, arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026
3 joursde carence à chaque arrêt maladie, aucune en accident du travail
50 %du salaire journalier de base, calculé sur les trois derniers mois
360 IJau maximum sur trois années consécutives, hors affection de longue durée

Sources : Ameli employeurs, indemnités journalières maladie (1er juin 2026) ; service-public.gouv.fr, fiche F3053 (1er juin 2026).

Le tableau se complète par le traitement social et le calendrier. Les IJSS supportent la CSG à 6,2 % et la CRDS à 0,5 %, prélevées à la source, et aucune cotisation sociale : 42,97 € brut deviennent 40,09 € versés. Et le versement intervient toutes les deux semaines en moyenne, une fois l'attestation reçue : entre la paie que vous avez déjà réglée et l'indemnité qui arrive, l'entreprise porte le décalage.

Le maintien de salaire : le socle légal, puis votre convention collective

Le code du travail ouvre l'indemnité complémentaire à tout salarié qui compte un an d'ancienneté au premier jour de l'absence, a justifié son arrêt sous quarante-huit heures et est pris en charge par la Sécurité sociale. Le barème est réglementaire : 90 % de la rémunération brute qu'il aurait perçue pendant trente jours, puis les deux tiers sur les trente jours suivants, chaque tranche s'allongeant de dix jours par période de cinq ans d'ancienneté, sans dépasser quatre-vingt-dix jours chacune. Un délai de carence de sept jours s'applique à chaque arrêt maladie, aucun en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle. Depuis le 27 juin 2026, ce maintien légal n'est plus dû lorsque l'employeur a été informé d'une fraude avérée du salarié pour obtenir ses indemnités journalières.

Ancienneté au premier jour d'absenceJours à 90 % du brutJours à 66,66 % du brutDurée totale
1 à 5 ans303060 jours
6 à 10 ans404080 jours
11 à 15 ans5050100 jours
16 à 20 ans6060120 jours
21 à 25 ans7070140 jours
26 à 30 ans8080160 jours
31 ans et plus9090180 jours

Le décompte se fait sur douze mois glissants : les jours déjà indemnisés au cours des douze derniers mois réduisent la durée disponible pour l'arrêt suivant. Et l'indemnité se calcule sous déduction des IJSS et de la part des prestations de prévoyance financée par l'employeur : la loi garantit un niveau de ressources, pas un cumul.

Ce socle est presque toujours dépassé par la convention collective, qui supprime la carence, porte le maintien à 100 %, l'étend sur plusieurs mois ou l'ouvre avant un an d'ancienneté. C'est donc votre texte de branche qui fixe la règle réelle. La lecture qui coûte le plus cher est celle du brut et du net. Un maintien rédigé « 100 % du net » tient compte du fait que les IJSS ne supportent pas de cotisations sociales ; un maintien « 90 % du brut » sous déduction des IJSS brutes aboutit à un net différent. Quand la paie applique l'un en croyant appliquer l'autre, le salarié en arrêt peut percevoir davantage qu'en activité, et cet écart se retrouve, à l'échéance suivante, dans le compte de résultat de votre contrat de prévoyance.

La subrogation : encaisser les IJSS pour le compte du salarié

Sans subrogation, le salarié reçoit les indemnités de la caisse et vous ne réglez que le complément : la paie doit alors reconstituer chaque mois un montant qui ne transite pas par ses comptes. Subroger, c'est encaisser les IJSS au lieu du salarié dont le salaire a déjà été réglé : vous versez le salaire maintenu en totalité et la caisse vous rembourse sa part. L'Assurance maladie pose deux exigences : que le salaire soit maintenu, totalement ou partiellement, et que ce maintien atteigne au moins le montant des indemnités journalières de la période. Le même geste ne produit pas partout le même effet : subroger l'indemnité du congé supplémentaire de naissance ne la transforme pas en maintien de salaire, et ne rend donc pas obligatoire le maintien de la mutuelle.

La demande se fait dans le signalement d'arrêt DSN, avec l'IBAN de l'entreprise et deux dates. La date de début est celle de l'arrêt. La date de fin n'est pas celle de l'arrêt prescrit : c'est la borne maximale du maintien que fixe votre convention collective, six mois par exemple, même si l'arrêt initial ne dure qu'une semaine. Une prolongation ne déclenche pas de nouveau signalement tant que cette date maximale n'est pas atteinte. En cas d'erreur, la caisse paie le salarié et vous notifie une créance ; la façon de récupérer des IJSS versées au salarié par erreur fait l'objet d'une réponse dédiée.

Les indemnités vous parviennent ensuite à un rythme moyen de deux semaines, nettes de CSG et de CRDS, accompagnées d'un bordereau de paiement au format XML, le BPIJ, que la paie rapproche du salaire maintenu. Pour les entreprises qui ne subrogent pas, l'attestation de salaire transmise par signalement DSN doit partir dans les cinq jours suivant la connaissance de l'arrêt.

Depuis le 1er septembre 2026, des arrêts prescrits pour des durées plus courtes se prolongent plus souvent, et la caisse n'indemnise une prolongation que si elle émane du médecin traitant, du prescripteur de l'arrêt initial ou, dans leur champ, de la sage-femme et du chirurgien-dentiste, hors impossibilité justifiée par le salarié. L'employeur subrogé a déjà réglé le salaire quand la caisse tranche : la prolongation refusée reste à sa charge. La règle et le geste de paie qui la neutralise sont décrits dans notre article sur les arrêts de travail : ce qui change pour l'employeur au 1er septembre 2026.

Gros plan sur un document chiffré, illustration du bordereau de paiement des IJSS rapproché du salaire maintenu

Les points de jonction que nous reprenons avec votre service paie

Les situations ci-dessous concentrent l'essentiel des écarts constatés sur les arrêts longs ; chacune renvoie à la réponse détaillée que le site lui consacre.

La fin du maintien et le début de la prévoyance

Votre convention collective fixe la date où le maintien s'arrête, votre contrat celle où l'assureur commence à verser. Entre les deux, le salarié ne dispose que de ses IJSS, et la subrogation que vous avez déclarée s'arrête à la première. Le délai de franchise de la prévoyance se lit dans la notice, jamais dans la loi.

Les cotisations sur un bulletin sans salaire

Tant que l'arrêt est indemnisé, les garanties de santé et de prévoyance restent dues, et la part du salarié s'appelle autrement que par précompte sur le salaire. Le traitement exact des cotisations pendant un arrêt long dépend de votre acte fondateur et de votre contrat.

La reprise à temps partiel thérapeutique

Au retour, le maintien de salaire s'arrête : vous rémunérez le temps effectivement travaillé, la caisse indemnise les heures non faites, et l'assureur complète si la notice le prévoit. La répartition est posée dans la page consacrée au temps partiel thérapeutique.

Le maintien financé par l'assureur : la frontière URSSAF

Quand la garantie incapacité du contrat couvre tout ou partie de votre obligation légale ou conventionnelle de maintien, la quote-part de cotisation correspondante perd son exonération. L'URSSAF y regarde de près lors d'un contrôle du régime de protection sociale, et la question se règle dans la rédaction du contrat.

Aucun de ces réglages ne se fige à la signature du contrat. Ils bougent avec chaque avenant de branche, chaque revalorisation du plafond et chaque changement de logiciel de paie. Nous les recontrôlons avec les services paie chez nos clients à chaque arrêt qui dépasse le maintien conventionnel, parce que c'est à cette jointure que le coût d'un arrêt dérape.

Questions fréquentes

Subrogation et maintien de salaire : les questions des services paie

Puis-je demander la subrogation si je ne maintiens qu'une partie du salaire ?

Oui, à une condition : le salaire maintenu sur la période doit atteindre au minimum les indemnités journalières de cette même période. C'est la seconde des deux exigences posées par l'Assurance maladie, la première étant l'existence même d'un maintien, total ou partiel. Un maintien conventionnel à 80 % du brut remplit presque toujours cette condition, puisque l'IJSS ne dépasse pas 50 % du salaire journalier de base plafonné. Si le maintien tombe sous le niveau des IJSS, par exemple en fin de période dégressive, la subrogation doit s'arrêter à cette date dans la DSN.

L'entreprise subrogée reçoit-elle les IJSS brutes ou nettes ?

Nettes. La caisse prélève la CSG à 6,2 % et la CRDS à 0,5 % avant le versement, soit 6,7 % au total : pour une indemnité plafonnée à 42,97 € brut, l'entreprise perçoit 40,09 € par jour. Les IJSS ne supportent aucune cotisation sociale, ce qui explique que le net perçu par un salarié maintenu à 100 % de son brut puisse dépasser son net d'activité. Le bordereau de paiement des indemnités journalières, le BPIJ, détaille le brut, les prélèvements et le net versé pour chaque période.

Mon salarié a moins d'un an d'ancienneté : dois-je maintenir son salaire ?

Pas au titre de la loi : l'indemnité complémentaire du code du travail exige un an d'ancienneté au premier jour de l'absence. Votre convention collective ou un accord d'entreprise peuvent ouvrir le maintien plus tôt, et c'est alors ce texte qui s'applique. Le salarié perçoit en revanche ses IJSS dès lors qu'il a ouvert des droits, avec 150 heures de travail sur les trois derniers mois, et l'attestation de salaire reste due dans tous les cas, subrogation ou non.

Un arrêt pour accident du travail suit-il les mêmes règles ?

Le mécanisme est le même, les paramètres changent. Aucune carence ne s'applique, ni côté Sécurité sociale ni côté maintien légal, qui court dès le premier jour ; seul l'accident de trajet conserve, pour le maintien légal, la carence de sept jours. L'indemnité journalière AT/MP vaut 60 % du salaire journalier de référence pendant les vingt-huit premiers jours, puis 80 % à partir du vingt-neuvième, avec un plafond propre. La subrogation se demande de la même façon, dans le signalement DSN. Pour les arrêts AT/MP survenant à compter du 1er janvier 2027, la durée d'indemnisation sera plafonnée, ce que notre analyse des trois réformes de la prévoyance collective détaille.

Le maintien de salaire s'arrête mais l'arrêt continue : que perçoit le salarié ?

Le salarié reste sur ses seules IJSS, dans la limite de 360 indemnités sur trois ans, jusqu'à ce que le contrat de prévoyance intervienne au terme de sa franchise. La subrogation doit cesser à la date de fin du maintien conventionnel, celle que vous avez déclarée dans la DSN. Si l'arrêt se prolonge au-delà de trois ans ou si le médecin-conseil se prononce sur une invalidité, le régime change de nature : les conséquences du passage d'un salarié en invalidité pour l'employeur font l'objet d'une réponse séparée.

Le maintien de salaire légal se calcule-t-il sur le brut ou sur le net ?

Sur le brut. Le code du travail vise 90 % puis les deux tiers de la rémunération brute que le salarié aurait perçue s'il avait continué à travailler, sous déduction des indemnités journalières et de la part des prestations de prévoyance financée par l'employeur. Beaucoup de conventions collectives raisonnent au contraire en net, ou en brut sans préciser le mode de déduction des IJSS. Le paramétrage de paie doit reproduire exactement la rédaction de votre texte de branche, parce que les deux méthodes ne donnent pas le même net au salarié ni le même coût à l'entreprise.

Comment vérifier que mon contrat de prévoyance s'emboîte avec mon maintien de salaire ?

En rapprochant sur une même feuille la durée et le taux du maintien conventionnel, la franchise du contrat de prévoyance, l'assiette de sa prestation, avec ou sans déduction des IJSS reconstituées, et les dates de subrogation déclarées en DSN. Toute rupture entre la fin du maintien et le début de la prestation est une période à la charge du salarié ; tout chevauchement entre le maintien et la garantie incapacité est une question posée par l'URSSAF au prochain contrôle. Accent Conseil réalise cette lecture croisée pour les PME et ETI qu'il accompagne, sur la convention collective et la notice du contrat en vigueur.

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Sources

Assurance maladie : Ameli employeurs, la subrogation de salaire en cas d'arrêt de travail (8 janvier 2026) ; Ameli employeurs, indemnités journalières maladie : conditions, calcul et versement (1er juin 2026) ; Ameli employeurs, l'attestation de salaire.

Textes : code du travail, article L. 1226-1 (version en vigueur depuis le 27 juin 2026, loi n° 2026-534 du 25 juin 2026) et articles D. 1226-1 à D. 1226-8 (indemnité complémentaire, barème, carence, décompte sur douze mois, déduction des IJSS et prestations de prévoyance) ; code de la Sécurité sociale, article R. 323-11 (subrogation de plein droit et recouvrement auprès de l'assuré).

Pour aller plus loin : service-public.gouv.fr, arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié (1er juin 2026) ; service-public.gouv.fr, accident du travail : indemnités journalières (1er janvier 2026) ; service-public.gouv.fr, CSG et CRDS sur les revenus de remplacement.

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